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Zimbabwe : les vétérans, ces faiseurs de rois

Ils avaient fait Mugabe, ils ont été, fin novembre, les artisans de la victoire d’Emmerson Mnangagwa. Aujourd’hui, les vétérans de la guerre de libération sont de retour au cœur du pouvoir.

Si l’on juge la puissance d’un homme à sa liberté de ton, Chris Mutsvangwa est, sans nul doute, l’un des nouveaux hommes forts de Harare. Cela fait deux ans que le président de l’Association des vétérans de la guerre de libération nationale du Zimbabwe (ZNLWVA) s’active en coulisses pour faire chuter Robert Mugabe et sa femme, Grace. En cette fin novembre, il triomphe et détaille avec gourmandise le rôle qu’il a joué, confortablement installé dans le salon d’un vieil hôtel de style colonial de la capitale.

« J’ai été nommé ministre des Vétérans en 2014, rappelle-t-il. Mais en Conseil des ministres, les mardis matin, les jeunes gens proches de Grace racontaient n’importe quoi. Entre deux siestes, le président intervenait pour dire  : “Je prendrai ma décision cet après-midi.” C’est comme ça que j’ai compris qu’elle avait pris le contrôle de l’exécutif. »

Proche du nouveau chef de l’État, Emmerson Mnangagwa, Chris Mutsvangwa a été l’un des premiers à s’opposer publiquement à Grace Mugabe. En février 2016, il a fait descendre les vétérans dans la rue pour manifester contre elle. « Les policiers ont menacé de faire tirer sur les hommes qui ont libéré ce pays  ! s’insurge-t-il. La police comme les services de renseignements avaient été infiltrés par Grace. Heureusement que l’armée était là. Elle leur a dit  : “Si vous leur tirez dessus, nous vous tirons dessus.” C’était notre première victoire. » L’épisode lui coûte son poste au gouvernement, mais Chris Mutsvangwa « s’en moque ». Ancien homme d’affaires, il a « assez d’argent comme ça » et poursuit son combat.
Raz-de-marée populaire

Au soir du 14 novembre 2017, alors que les chars de l’armée roulent sur Harare pour encercler la présidence, il se trouve au Cap, en Afrique du Sud, « avec le staff du président Jacob Zuma ». « Je les ai convaincus qu’il ne fallait pas appeler cela un coup d’État, poursuit-il. C’était crucial, et c’est ce que [Zuma] a fait. » Trois jours plus tard, la ZNLWVA appelle à manifester pour soutenir l’intervention de l’armée. « Pour montrer au monde que ce n’était pas un coup d’État, affirme-t-il. Nous devions mobiliser la population. » C’est un raz-de-marée populaire.

Ce vieux briscard aurait-il tendance à exagérer son rôle dans le putsch  ? Les meilleurs spécialistes des cercles du pouvoir au Zimbabwe sont partagés sur son influence réelle. « Il est le faiseur de rois », juge Jean Gonçalves, consul général de la Belgique au Zimbabwe, où il réside depuis plus de quarante ans. « Les vétérans de guerre sont un instrument politique, nuance Ibbo Mandaza, président de Sapes-Trust, un think tank de Harare. L’armée les a utilisés à son profit, mais ils n’étaient pas moteurs. » Il confirme néanmoins que Mutsvangwa a beaucoup voyagé, notamment en Afrique du Sud, ces derniers mois…

Un « nouveau Zimbabwe démocratique » ?

Ce qui est certain, c’est que les anciens combattants, qui ont obtenu la victoire contre le régime blanc de Ian Smith, en 1979, seront à nouveau au cœur du pouvoir sous la présidence de Mnangagwa. Le 26 novembre, deux jours après l’investiture du nouveau chef de l’État, son fidèle allié Patrick Chinamasa l’a dit dans des termes on ne peut plus clairs  : « Le comité central [de la Zanu-PF, le parti au pouvoir] s’est réuni et a décidé que, dorénavant, nous devions respecter les vétérans de guerre. Nous sommes convenus qu’ils doivent occuper des positions stratégiques au sein du parti et du gouvernement. »

Dans la presse d’État, le coup de force a été rebaptisé Operation Restore Legacy (« opération restaurer l’héritage »). Tout le paradoxe du « nouveau Zimbabwe démocratique », proclamé par Emmerson Mnangagwa, 75 ans, c’est qu’il va être dirigé par la vieille garde, dont la ZNLWVA est l’incarnation.

Celle-ci compterait dans ses rangs environ 30 000 membres. « En réalité, tous n’ont pas réellement combattu, explique un diplomate occidental en poste à Harare. Mais ils se veulent les dépositaires de l’esprit de la lutte. » Ils ont obtenu des terres, touchent des pensions et jouissent d’un certain crédit aux yeux de la population, traditionnellement respectueuse des anciens, ce qui fait d’eux un redoutable lobby.
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Jeune Afrique du 11 Décembre 2017

 

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