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Jean-Pierre Bemba : Le SDF qui veut emménager à la Présidence

Comme à une course d’obstacles, les opposants congolais qui avaient quitté le pays pour cause d’ennuis judiciaires doivent braver moult handicaps pour leur retour. Jean- Pierre Bemba et Moïse Katumbi, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, entre entraves administratives, méfiance policière et affaires judiciaires, sont ballottés par un pouvoir frileux et grincheux face à leur volonté de se porter candidats à la présidentielle du 23 décembre prochain.

Jean-Pierre Bemba, qui revient de loin après son acquittement par la CPI, doit encore supporter les desiderata de la crispation sécuritaire dont fait montre le gouvernement de Kinshasa. Son retour au pays est une pilule amère pour le pouvoir en place, qui s’ingénie à en limiter l’impact politique et les dividendes électoraux qui vont avec. Ainsi, quand l’ancien prisonnier de La Haye veut frapper fort avec des symboles d’un patriote qui retrouve la terre de ses amours, le pouvoir brandit des raisons de sécurité pour le contraindre à revoir ses ambitions à la baisse. Ainsi, malgré lui, l’avion qui l’amenait de Belgique en RDC n’a pas d’abord atterri à Gemena, la capitale du Sud-Ubangi, dans sa région d’origine de l’Equateur.

Jean-Pierre Bemba qui voulait d’abord s’incliner sur la tombe de son père avant les formalités de dépôt de sa candidature à la présidentielle ne le fera peut-être que demain samedi. A défaut de s’incliner sur la tombe paternelle dès les premiers instants de son retour au pays, le chairman, comme l’appellent les militants du MLC, souhaitait vivement passer sa première nuit à Kinshasa dans la maison familiale qui l’a vu grandir. Là encore, refus net des autorités policières au prétexte que cette demeure se trouve dans le quartier où est située la résidence du président Joseph Kabila. Et Alain-André Atundi, le porte-parole de la majorité présidentielle, d’expliquer, non sans un brin de cynisme : « On peut comprendre que la proximité entre les militants du MLC et la résidence du Président (Kabila) pourrait occasionner des malentendus ».

Et les malentendus, il y en a eu mercredi quant au lieu de résidence de Jean-Pierre Bemba, ce qui l’a contraint à passer sa première nuit de retour au pays natal dans le bureau de sa sœur, à l’intérieur d’un complexe commercial. Ce complexe a beau appartenir à la famille Bemba, y déposer pénates en compagnie de son épouse et des hauts cadres de son parti ressemble fort à dormir à la belle étoile, comme un sans domicile fixe (SDF). Même si personne ne s’attendait à ce que Joseph Kabila déroule le tapis rouge à l’un des sérieux prétendants à sa succession, c’est tout de même fort de café, toutes ces misères qu’on lui fait sur son lieu de résidence !

Tant pis alors pour le symbole du fils prodigue qui retrouve la maison familiale dans une ambiance festive que Bemba voulait mettre en avant, va pour l’image d’un SDF qui veut emménager au palais présidentiel, en fin d’année. Elle n’est pas seulement cocasse. Elle véhicule aussi le message d’un homme de convictions, déterminé à franchir monts et vallées car ayant des ambitions. Ainsi naissent les grands hommes d’Etat et Bemba, qui a pu déposer sa candidature ce jeudi pour briguer la magistrature suprême en RDC, en prend le chemin. Mais encore faut-il que les tenants du pouvoir à Kinshasa le laissent prendre part à cette présidentielle. D’ici que le Conseil constitutionnel, grâce à des entourloupes politiciennes dont seules les démocraties bananières ont le secret, trouve des motifs d’invalidation de son dossier, ce n’est pas loin.

Mais pour l’instant, Bemba peut se réjouir d’avoir pu faire acte de candidature. Ce n’est pas le cas de Moïse Katumbi, qui devrait également rentrer au pays ce vendredi. Pour lui, il faut craindre pire que les conditions de SDF réservées à Jean-Pierre Bemba. En effet, de l’aéroport de Lubumbashi, il pourrait se retrouver dans une prison à Kinshasa, car les autorités du pays ne font pas mystère de reprendre les procédures judiciaires à son encontre, suspendues à cause de son exil. On attend de voir.

Zéphirin Kpoda

L’Observateur Palaaga du 02 Aout 2018

 

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