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Moussa Touré : « De nos jours, aucun secteur ne peut se développer sans l’apport de la technologie »

Moussa Touré, Directeur Général de l’API Mali : « De nos jours, aucun secteur ne peut se développer sans l’apport de la technologie »

Outil clé du développement économique, l’investissement est le principal moyen de favoriser la création d’emplois et l’entrepreneuriat autant au Mali qu’ailleurs. De ce fait, il reste au centre de tous les débats dans la plupart des secteurs d’activités économiques. L’Agence pour la Promotion des Investissements au Mali (API-Mali) en fait son cheval de bataille pour booster l’entreprenariat made in Mali. M. Moussa Ismaïla Touré, Directeur Général nous en dit plus sur le secteur de l’investissement au Mali.

Afribone : Comment se porte l’API-Mali depuis le Forum Invest in Mali (FIM) 2017 ?

Moussa Touré : L’API se porte de mieux en mieux, nous avons effectivement réalisé un forum dont tout le monde parle encore, car c’est un forum qui a donné des fruits concrets. Cela grâce entre autres aux 3 projets qui ont été annoncés, dans le domaine de l’énergie, de l’industrie du ciment et l’emballage. Ce sont des projets qui sont aujourd’hui très bien avancés dans leur réalisation. Par ailleurs, il y a beaucoup d’autres initiatives qui sont nées de ce forum à l’instar de l’ouverture d’un cabinet de services de conseil et de communication à Bamako par un jeune Ivoirien. Il m’a confessé que son entreprise a vu le jour grâce à sa participation au FIM 2017 ; plusieurs témoignages de ce genre nous parviennent, et cela nous confirme que cette initiative en valait la peine.

Afribone : Quelles sont les démarches qu’un jeune entrepreneur doit suivre pour bénéficier de votre accompagnement ?

Les démarches administratives sont les premières étapes à faire. Le porteur de projet peut créer son entreprise en 72h maximum au niveau de notre guichet unique. S’il a besoin d’une autorisation d’exercice pour les métiers règlementés, elle pourra lui être délivrée aussi. Enfin, l’entrepreneur porteur d’un projet d’investissement pourra également obtenir l’agrément de son projet aux Code des investissements. Ce sont là les 3 grands pôles d’activités au niveau du guichet unique.

A la fin de ces procédures administratives, et après soumission du projet pour l’agrément, notre équipe en charge de l’accompagnement défendra le projet devant le Comité qui examine les dossiers. Et une fois l’agrément obtenu, il pourra réaliser son investissement. Au démarrage de ses activités, il devra nous en informer afin de maintenir le contact pour une éventuelle assistance, nous appelons cela « le service après-vente ».

Afribone : L’API-Mali intervient dans 4 secteurs : l’énergie, l’agriculture, l’élevage, et les infrastructures. Toutefois, si on se réfère aux résultats des incubateurs actuels, il s’avère qu’au-delà du domaine de l’agrobusiness, ce sont des projets relatifs à la technologie, qui sont considérés comme « porteurs ». Pourquoi l’API-Mali n’ouvre-t-elle pas un volet dédié à ce type de Start’up ?

Moussa Touré : Ces 4 secteurs sur lesquels nous menons une promotion proactive ont été priorisés à la suite d’un « scanning » de tous les secteurs. Nous avons envisagé toutes les opportunités et difficultés liées à chaque secteur et en tenant compte de l’urgence et des capacités à transformer les opportunités en projets immédiats. Pour autant, les autres secteurs ne sont pas laissés pour compte. Pour ce qui concerne les technologies, c’est le parfait exemple : nous savons que c’est un secteur à évolution rapide, innovant et stratégique. Il a un caractère complètement transversal.

C’est pour cette raison que nous avons décidé de ne pas en faire un secteur distinct. De nos jours, aucun secteur ne peut se développer sans l’apport de la technologie aussi bien le secteur agricole qu’énergétique. Donc, dans notre stratégie de promotion de ces 4 secteurs, les nouvelles technologies sont entièrement intégrées et appliquées : parler d’agriculture moderne, c’est parler de technologie et idem pour les autres secteurs.

Afribone : Alors si un jeune entrepreneur sollicite l’API-Mali pour la mise en œuvre d’une application sur la santé, il pourrait bénéficier d’un accompagnement ?

Moussa Touré : Tout à fait. Nous pouvons l’accompagner au niveau de la mise en relation avec des investisseurs potentiels, les financiers, l’associer à nos missions de promotion, etc. Plusieurs axes d’accompagnement sont possibles. Nous mettrons à sa disposition des informations, des connaissances, et les compétences qui nous sont propres.

Afribone : A propos des connaissances, bénéficiera -t-il de l’élaboration d’un business plan ?

Moussa Touré : Nous ne faisons pas le travail d’élaboration de business plan, la loi nous l’interdit pour éviter toute concurrence avec les cabinets privés. Dans le cadre des projets qui doivent être agréés aux Code des investissements, il y a un canevas de présentation qu’on met à la disposition des porteurs de projets. En collaboration avec leurs cabinets respectifs, ils mettent en forme leurs dossiers et nous l’apportent. Nous nous chargeons du reste !

Afribone : Quels sont les potentiels investisseurs au Mali et d’où viennent-ils ?

Moussa Toure  : Nous avons des IDE [Investissement Directs Etrangers]qui sont dominés par les acteurs du secteur minier, les Sud-Africains, les compagnies Canadiennes.... Il y a un secteur très dynamique aujourd’hui, c’est celui de l’énergie avec plusieurs projets d’énergie solaire notamment. De façon générale, beaucoup d’investissements viennent d’Europe et les pays asiatiques sont de plus en plus regardants. Mis à part les IDE, le plus gros de nos investissements, proviennent des nationaux qui représentent plus de 80% du volume des investissements agrées au code. C’est à la fois des entreprises qui sont déjà installées au mali et qui réinvestissent, ou des acteurs maliens qui portent des nouveaux projets d’investissement.

Afribone : Qu’en est-il de la diaspora ?

Moussa Toure : La diaspora aussi contribue de plus en plus grâce au forum en partie, mais nous attendons qu’elle fasse encore plus. Nous nous attelons à cela en mettant à leur disposition plus d’informations et surtout en les incitant à avoir comme point d’entrée l’API-Mali qui est une institution pérenne. Cela éviterait aux acteurs de la Diaspora d’accumuler d’avantage des mauvaises expériences dues à un manque de fiabilité de leurs interlocuteurs habituels (familles et relations).

Afribone : Quel secteur préconiserez vous à la diaspora ?

Moussa Touré : Tous les secteurs sont porteurs, mais j’insisterais plus sur le secteur de l’agro-industrie. D’ailleurs c’est pourquoi nous organiserons par exemple le 26 octobre prochain un forum d’une journée à Paris sur les opportunités d’investissements dans les filières rentables de la gomme arabique et du karité. Les opérateurs maliens et acteurs européens du secteur ainsi que la diaspora malienne seront là pour échanger et initier les pistes de collaboration entre eux.

Afribone : Récemment, il y a eu un accord entre l’Algérie et l’API-Mali....

Moussa Toure : Nous étions en mission du 5 au 9 octobre dernier à Alger. Une mission au cour de laquelle nous avons signé deux mémorandums d’investissement. Le premier concerne le groupe Algériens IVAL qui représente la marque automobile IVCO et qui s’installera bientôt ses bureaux à Bamako. Le second mémorandum a été signé avec le premier bureau d’étude algérien BH Consulting qui a décidé de s’installer lui aussi au Mali. On peut donc dire que la moisson a été bonne surtout que plusieurs autres projets ont été identifiés. Nous repartirons courant novembre pour approfondir les discussions.

Afribone : D’après une enquête de Jeune Afrique, le Mali connaît une croissance solide et se fait une « place privilégiée » au sein du climat des affaires de l’espace UEMOA ?

Moussa Toure : De façon générale, les indicateurs macroéconomiques sont favorables, nous avons une croissance moyenne supérieure à 5% sur les dernières années. En 2017, nous avons fait 5,8%, avec un faible niveau d’inflation. Ce sont plutôt des données qui rassurent les acteurs des secteurs économiques. Après avoir relevé le défi de l’élection présidentielle passée, « l’autoroute de l’investissement est ouverte de nouveau ».

Des initiatives majeures au niveau des reformes sont prises ou en cour, pour améliorer le climat des affaires. Une rationalisation des acteurs (de l’administration) du domaine de l’investissement est nécessaire. Des projets structurants sont en train d’être réalisés et d’autres suivront sûrement. Le renforcement du secteur privé se poursuit avec l’entrée de nouveaux acteurs, en l’occurrence les jeunes. Ces différents éléments sont des indicateurs qui permettent de dire que les choses s’améliorent malgré le fait que les challenges restent nombreux.

Toutes ces initiatives et projets en cours de réalisation vont générer des revenus additionnels pour les populations. Dans le secteur de l’agriculture, nous avons atteint des performances inégalées, à l’instar du coton, des céréales, les niveaux de productions actuels n’avaient jamais été atteints, cela constitue des revenus additionnels pour les 70% de la population active qui opèrent dans ce secteur.

Afribone : Le co-gestionnaire d’une start’up de la place a dit que « tout problème d’un Africain est une idée d’entreprise » quel est votre avis sur ce sujet ?

Moussa Toure : Absolument d’accord avec cette affirmation. Tout problème est une opportunité, car lorsqu’un problème se pose, il est en réalité l’expression d’un besoin auquel il faudrait apporter une réponse. Cette réponse peut se trouver dans une solution déjà existante. Dans le cas échéant, elle pourrait être apportée grâce à la création d’une entreprise.

Afribone : Selon vous, quel « problème primordial » du Malien peut être une idée d’entreprise ?

Moussa Toure : Parmi les nombreux problèmes qui persistent, la question de la santé et de l’éducation sont à mon sens prioritaires. Tout reste à faire dans ces domaines. Les problèmes y sont aussi exponentiels du fait de l’urbanisation, de la forte croissance démographique [ndrl : 3,6% par an,]… il urge de créer des cliniques, des écoles de qualité pour répondre aux attentes et besoin de cette population qui est de plus en plus jeune. Le bien-être des populations constitue la fondation du développement.

Interview réalisée par Maminata Coulibaly,

Bamako, le 19 Octobre 2018

©AFRIBONE

 

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